Etre comme l’eau

« Se contenter de peu c’est la richesse »
– Lao Tseu

LO

LO est un poète de l’image. C’est aussi un rêveur. Il aime rêver et faire rêver. « Sans art, il ne serait pas possible de parler de nos rêves, de nos espoirs, de nos certitudes » explique LO qui voit l’art comme un moyen d’exister et de survivre. « Sans l’art, ma machine humaine ne tournerait pas à plein régime ». S’il peint des bateaux, c’est pour combler des manques, des vides, des espaces à remplir. Pour lui, ses œuvres sont l’expression d’une longue période vécue près de la Grande Bleue, la mer Méditerranée. Sa peinture exprime le retour à l’essentiel de la vie : la liberté, l’amour et le moment pleinement vécu comme si c’était le dernier.

LO est donc un artiste qui vit intensément le moment présent et qui ne veut pas savoir de quoi demain sera fait. D’ailleurs, il déteste les prévisions météorologiques. Il préfère découvrir le temps qu’il fait au moment du réveil. Il est l’ennemi acharné des idées toutes faites et des prévisions dans le temps, comme des rendez-vous dans un agenda. Il prête l’oreille au murmure du vent et se réjouit du son de la pluie. Son atelier est un peu à l’image du côté taoïste de l’artiste. Il n’aime pas s’entourer de gens pour peindre. Il se passionne pour le discernement silencieux de l’œuvre en devenir et pour son interaction entre lui et les couleurs. Heureux de vivre, chaque rencontre apporte ses fruits. La discussion peut durer des heures; la philosophie qui s’en suit peut durer des années. Quand il peint, il va droit à l’essentiel, dans une narration de l’image qui n’a rien de décoratif, qui apporte le rêve à celui qui s’y plonge.

LO

LO s’accommode d’espaces restreints. Alors qu’il a un atelier et qu’il pourrait en disposer de façon moins spartiate, il peint toujours dans le même recoin de la pièce, écoutant d’une oreille France Inter et des émissions radiophoniques disponibles sur Internet. Il dispose de deux chevalets droits, un meuble ancien ramené de France, une table à dessin industrielle, une desserte dont les deux tiroirs sont toujours ouverts et un tabouret.

Il sort occasionnellement de son atelier pour peindre en plein air, notamment l’été, quand il fait chaud. Fut un temps où il croquait des paysages de nature sauvage en trempant son pinceau à même la rivière et en étalant l’aquarelle sur du papier Darche de petite dimension. Maintenant, il se cantonne à sortir un chevalet de travail dans son jardin zen où il peut entendre l’eau couler du bassin des Kois. Ce n’est pas un artiste qui aime la foule; le côté casanier de LO contraste d’avec ses obligations d’être présent lors de vernissages.

Lors de symposiums, il préfère discuter avec les gens qui l’interrogent sur sa technique qui se rapproche parfois de l’art photographique. La peinture en public n’est pas pour lui. Il préfère regarder le ciel, s’éblouir de soleil et profiter des rencontres que le moment présent lui offre.

LO

L’atelier est rangé, rien ne dépasse. D’ailleurs l’aspect propre de l’atelier surprend beaucoup le visiteur. Tout est à sa place et tout a une utilité. Il n’y a donc pas de peinture sur les murs, ni par terre… pourtant, l’artiste travaille avec un bleu de travail – celui de son père, celui de son oncle, deux anciens travailleurs de la sidérurgie lorraine. Le bleu de travail est indissociable de l’artiste qui passe beaucoup d’heures devant sa toile. Le rêveur aime les objets qui ont une histoire, une âme, tel que le meuble de cuisine de sa grand-mère; objet du patrimoine familial qui l’a vu grandir. Il est là, à ses côtés, en chêne massif, recouvert d’une fine pellicule de bleu due à ses nombreuses utilisations de l’aérographe pour souffler le ciel et la mer sur ses toiles. L’artiste utilise très peu de couleurs pré-mélangées. Il utilise, depuis vingt-cinq ans, le même bleu, le même rouge, le même jaune. Il les combine avec de la Terre d’Ombre Brûlée ou de la Terre de Sienne naturelle. Ses petits pinceaux sont rangés en quantité démesurée, ainsi que les palettes en plastique qui servent à mélanger la peinture. Une palette et quelques pinceaux par toile; les objets sont jetés après usage.

LO se sert toujours de pinceaux neufs et d’une palette vierge, histoire de rester en bons termes avec les outils qui se mettent à son service le temps de la création d’une œuvre. Ils sont éphémères, comme l’expression de liberté et d’harmonie qu’on ressent au contact d’une marine de LO. Ensuite, la vie reprend son cours. Seuls les acheteurs peuvent revivre ce sentiment étrange que l’artiste a mis dans ses couleurs.

Texte d’HeleneCaroline Fournier